5ème édition des Recontres artistiques de Chaillol (Hautes-Alpes)
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VERTIGE(S)... La perte de repères, la chute, l'abîme...

LES ARTISTES

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Katja Gentric, détail de l'oeuvre 9849.
9849

Après avoir fini sa vie sur notre tête, signe de notre très grande virilité, notre pouvoir séducteur, notre beauté et notre santé, le cheveu commence sa vie clandestine. Caché entre les interstices du plancher, les plis du rideau de douche, sous les coussins et entre les mailles de nos gilets, le cheveu mène une vie de résistance poursuivi par les aspirateurs, les gants en latex, les serpillères. Le cheveu a un très grand avantage dans cette poursuite, il est invisible, ou presque, il se confond avec le terrain, mais il est là, une présence secrète, tâchez une fois de chercher un cheveu, même si vous l'avez dans la bouche.


Katja Gentric, détail de l'oeuvre 9849.
Tout le long de notre vie nos cheveux mesurent le temps. Premiers cheveux tel le duvet des poussins, le pincement au cœur à la première coupe, les cheveux d'enfant, d'adolescent, d'adulte, les premiers messagers de la vieillesse, la chevelure blanche, enfin la sagesse… Les rituels de passage de vie de beaucoup de cultures du monde donnent une place prédominante au cheveu. A la première coupe il faut veiller à protéger le jeune enfant, suivant les différents sociétés les rituels le défendent contre différents dangers mais le sentiment est celui qu'en perdant ses premiers cheveux, siège de l'âme, le jeune enfant est particulièrement vulnérable à ce moment. Chez les Hopi on tresse ensemble les cheveux des jeunes époux, parce que ceci les liera l'un à l'autre. Chez les Evenques il suffit de tresser une bourse avec les cheveux de tous les hommes, un cheveu par homme, pour ramener le soleil perdu. Comme un sablier nos cheveux comptent et sont témoin secret du temps qui passe. Ça se fait sans que nous y fassions attention ou sans qu'on puisse l'arrêter volontairement. Il me vient l'image de la fileuse dans son coin en train de filer, l'araignée qui compte qui compte, qui compte… le fil de la vie, le fil de nos pensées.


Mais la chevelure a une importance beaucoup plus bruyante, elle sert à séduire, à exhiber notre potentiel de conquête amoureuse, sa victime telle une mouche dans une toile d'araignée ? La Lorelei, les sirènes, sorcières de tout genre mais aussi

la triste et innocente séductrice suppliciée, Gretchen. Faust, infatigable chercheur de savoirs qui ne peut plus être satisfait, accepte de faire un pacte avec Méphisto : ‘Werd ich zum Augenblicke sagen : Verweile doch ! du bist so schön ! Dann magst du mich in Fesseln schlagen, Dann will ich gern zugrunde gehn ! …. Die Uhr mag stehn, der Zeiger fallen, Es sei die Zeit für mich vorbei !' (Si je dis à l'instant: ‚Reste donc! tu me plais tant!' alors tu peux m'entourer de liens! alors, je consens à m'anéantir! ....Que l'heure sonne, que l'aiguille tombe, que le temps n'existe plus pour moi!) Méphisto sait très bien ce qu'il faut pour lui faire gagner l'âme de Faust : En tombant amoureux de la belle et innocente Gretchen, Faust connaîtra le ciel mais ce sera justement ce moment qui déclenchera sa chute aux enfers. Une des scènes les plus célèbres de la tragédie montre Gretchen devant le miroir en train de se brosser les cheveux et ensuite refaire ses tresses, elle chante, c'est pourtant à ce moment qu'elle a le premier pressentiment de son destin… abandonnée par Faust, elle sera décapité pour avoir noyé son enfant.

L'amour tel un abime entre ciel et enfer se retrouve dans le compte de Rapunzel. La sorcière a enfermé Rapunzel dans une tour sans porte ni escalier. Le prince, séduit par son chant (et bien sûr les cheveux qu'elle se coiffe à la fenêtre) peut rendre visite à Rapunzel car elle lui permet d'utiliser sa très longue tresse comme échelle. La sorcière, qui apprend les visites secrètes, coupe la tresse de Rapunzel. Quand le prince revient, la sorcière, dissimulée, lui tend la tresse et le lâche au dernier moment. Sa chute le laisse brisé en bas de la tour, condamné à errer le pays, aveuglé….

Pendant 90 jours j'ai noué 9849 de mes cheveux en un très long fil, il doit mesurer 4000 mètres. J'ai tendu ce fil en infatigables allers-retours (600 peut-être) entre plafond et sol. Ces chiffres me donnent un peu le vertige. Précairement en équilibre, proche du plafond j'avais déjà beaucoup plus le vertige. Ce sentiment a quelque chose en commun avec l'émotion que je ressens quant je pense aux êtres que j'aime avec une férocité vertigineuse. Tout ceci reste pourtant presque invisible.

Rédigé par Katja Gentric le Lundi 16 Juillet 2007 à 16:35





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